Une boîte à cigares, un tasseau, trois cordes : une guitare. Presque tout vient de la récupération, les outils sont ceux de l’atelier bois, et seules les frettes et les mécaniques s’achètent, une trentaine d’euros. Trois cordes accordées sur un accord, un doigt posé en travers du manche ou un tube de métal qui glisse dessus : c’est l’instrument du blues, et le premier accord sort sans avoir jamais appris.
Le besoin de départ

Septembre 2024, trois guitares de l’atelier bois et leur affichette : une boîte en fer publicitaire, une boîte de bonbons ronde, une vraie boîte à cigares, celle-ci électrifiée.
Les premières guitares en boîte à cigares datent du milieu du XIXe siècle, aux États-Unis, quand les fabricants se sont mis à vendre leurs cigares dans des boîtes plus petites, aux dimensions qu’elles ont encore. Elles ont connu leur heure pendant la Grande Dépression des années 1930 : une boîte, un manche à balai et quelques fils de fer suffisaient pour faire de la musique à qui n’avait pas de quoi s’acheter un instrument.
L’atelier bois en a fait une activité low-tech : un instrument qu’on fabrique soi-même, avec de la récupération et des outils à main, sans rien savoir de la lutherie. La boîte vient d’un vide-grenier, le manche d’un tasseau, le cordier d’une chute de métal, le guide-cordes d’un couvercle de boîte de conserve, le bottleneck d’un tube de selle de vélo.
Et c’est un instrument pour débutants. Trois cordes au lieu de six, accordées pour sonner juste à vide, et un seul doigt pour changer d’accord : on repart avec une guitare, et de quoi en jouer.
Comment ça marche
Une guitare cigar box, c’est une guitare réduite à ce qui fait le son : des cordes tendues, un manche pour les raccourcir, une caisse pour les faire entendre.

Avril 2025, une autre guitare de l’atelier : trois mécaniques sur la tête, des frettes sur toute la longueur du manche, la boîte au bout.
La boîte est la caisse de résonance. Les cordes appuient sur le chevalet, le chevalet sur le couvercle, et c’est le couvercle qui vibre et porte le son. Bois ou fer, épais ou mince, chaque boîte sonne à sa façon : deux cigar box ne se ressemblent jamais tout à fait.
Le manche est un tasseau de bois dur, taillé, arrondi et poncé, fixé à la boîte. Deux pièces y sont collées : un talon, là où il rejoint la boîte, et de quoi élargir la tête, qui porte les trois mécaniques d’accordage.
Les trois cordes en acier partent du cordier, une lame de métal fixée au bout de la boîte, passent sur le chevalet, une petite pyramide de bois dur, et remontent le long du manche jusqu’aux mécaniques. Un guide-cordes en métal les tient à leur écart.
Les frettes sont des baguettes de métal enfoncées en travers du manche. Appuyer une corde juste derrière une frette la raccourcit d’une longueur exacte, donc d’une note exacte. Leur place ne s’invente pas : à l’atelier, on la relève sur une autre guitare.
Pour jouer, les trois cordes s’accordent sur un accord : à vide, elles sonnent déjà juste ensemble. Un doigt posé en travers des trois cordes, derrière une frette, donne un autre accord. À vide, à la cinquième frette et à la septième, ce sont les trois accords d’un blues. On peut aussi faire glisser un bottleneck sur les cordes, sans appuyer jusqu’au manche : c’est le son glissé du blues du Delta. Et les accordages possibles se comptent par dizaines.
La version électrique ajoute un micro sous les cordes, un potentiomètre de volume et une prise jack : la guitare se branche sur un ampli. La boîte à cigares de la première photo en est une.
Comment c’est fabriqué
- Outils - scie, lime ou râpe, papier de verre, perceuse ; un fer à souder pour la version électrique
- Matériaux - une boîte, un tasseau de bois dur, trois cordes en acier, trois mécaniques, de la baguette de frettes, des chutes de métal et de bois dur ; micro, potentiomètre et jack pour la version électrique
- Temps - trois séances de deux à trois heures en atelier ; seul, aux outils à main et avec une finition approximative, une dizaine d’heures
- Coût - une trentaine d’euros en acoustique, frettes et mécaniques achetées, le reste de récupération ; à partir de 50 € avec un micro
- Les cotes. Tout part de la guitare prototype de l’atelier : on y relève les cotes du manche et de la tête avant de scier quoi que ce soit.
- Le manche et la tête. Le tasseau est découpé, ses arêtes arrondies, le tout poncé. On colle ensuite les pièces ajoutées : le talon du manche, et celles qui élargissent la tête.
- La boîte. Elle est préparée pour recevoir le manche, et percée d’ouïes si on le souhaite : les deux trous ronds de la boîte à cigares, sur la première photo, en sont.
- Les frettes. Leur place se trace d’après un gabarit dessiné sur une autre guitare. À chaque trait, une fente fine à la scie, la baguette de frette enfoncée dedans, les bouts coupés et limés au ras du manche.
- La tête. Trois trous, un par mécanique.
- Le montage. Le manche est mis en place sur la boîte et l’ensemble ajusté. Un vernis, si on veut.
- Les petites pièces. Le chevalet, taillé dans une chute de bois dur ; le guide-cordes, découpé dans un couvercle de boîte de conserve ; le cordier ; le bottleneck, un tronçon de tube de selle de vélo, à demander à Roue Libre, à Bergerac.
- L’électronique, pour la version électrique : le micro, le potentiomètre et la prise jack, reliés par du fil blindé à deux conducteurs.
- Les cordes. On les monte, on accorde, on essaie.
Conçue à l’atelier bois de l’Atelier Partagé (La Traverse, Bergerac) par un de ses membres, à partir d’un prototype. Les premières guitares ont été exposées en septembre 2024, d’autres ont suivi en 2025.
Fichiers et plans
Pas de fichier ici : une cigar box se construit autour de sa boîte, et chaque boîte a ses dimensions. Ce qui tient lieu de plan, c’est le prototype de l’atelier, et la liste de ce qu’il faut réunir.
| Pièce | D’où elle vient | Prix |
|---|---|---|
| une boîte en bois ou en fer, environ 30 x 15 x 4 cm | récupération, vide-grenier | 0 € |
| un tasseau de bois dur, 1 m de 3 x 4 cm | récupération ; le sapin convient | 0 € |
| trois cordes en acier : la, ré et sol | neuves ou de récupération | de 0 à 8 € |
| trois mécaniques d’accordage | achat | 8 € et plus |
| environ 70 cm de baguette de frettes | achat | 4 € |
| le cordier, une lame de métal d’environ 4 x 5 cm | récupération | 0 € |
| le guide-cordes, une plaque de métal de 5 x 3 cm | un couvercle de boîte de conserve | 0 € |
| le chevalet, une petite pyramide de bois dur de 4 cm | chute d’atelier | 0 € |
| le bottleneck | un tube de selle de vélo | 0 € |
| micro, potentiomètre, bouton, jack, 30 cm de fil blindé | achat, pour la version électrique | à partir de 15 € |
Ce qu’on ferait autrement
Le gabarit de frettes ne vaut que pour une longueur. Relevé sur une autre guitare, il n’est juste que si la corde vibre sur la même longueur, du haut du manche au chevalet : c’est le diapason. Une boîte plus longue, un chevalet posé ailleurs, et les notes sonnent faux. Mieux vaut calculer les frettes pour sa propre guitare, à la règle des luthiers : la première se place à la longueur de corde divisée par 17,817 ; la suivante, à la longueur qui reste divisée par 17,817 ; et ainsi de suite. Pour un diapason de 60 cm, la première tombe à 33,7 mm du haut du manche, la cinquième à 150,5 mm, la septième à 199,5 mm et la douzième à 300 mm, pile au milieu. Un tableur fait le reste.
Sans frettes, c’est plus simple encore. Jouée au bottleneck seul, la guitare n’en a pas besoin, et l’étape la plus délicate disparaît. Des repères tracés ou gravés à leur place suffisent pour savoir où poser le tube.
La boîte se choisit à l’oreille. Une fois le manche fixé, elle l’est pour de bon. On gagne à en essayer plusieurs avant : tendre une corde par-dessus, la pincer, écouter. Un couvercle mince résonne mieux qu’un épais, une boîte en fer sonne plus métallique qu’une boîte en bois.
Un micro pour presque rien. La version électrique commence à 15 € de micro. Une pastille piézo, celle des buzzers, collée sous le couvercle, coûte moins d’un euro et suffit pour se brancher sur un ampli. Le son est moins riche qu’avec un vrai micro, mais la guitare devient électrique pour le prix d’un café.
